lundi 16 avril 2007

Et si le Diable s’habillait en Prada ?

Et si le Diable s’habillait en Prada ?

Ou les 10 raisons pour lesquelles je ne voterais pas Ségolène Royal.

Dans la confusion générale de cet avant premier tour, j’ai voulu mettre noir sur blanc les raisons qui motivent mon rejet catégorique de la candidature Royal.

  1. Le manque d’adhésion. L’élection présidentielle est suffisamment importante pour qu’on choisisse un candidat capable de susciter une adhésion. C’est le cas de Nicolas Sarkozy, qui convainc son électorat qui croit réellement en son projet. L’essentiel de l’électorat de Ségolène Royal, on le sait, est mobilisé par la seule motivation de battre Nicolas Sarkozy. Ainsi, faites ce test autour de vous : suggérez un thème à un électeur potentiel de la candidate socialiste et demandez-lui spontanément de formuler clairement en quoi la position de la candidate les séduit et en quoi celle du candidat de l’UMP leur déplait. L’immense majorité en sera tout simplement incapable. Aux présidentielles, on ne vote pas CONTRE quelqu’un, mais POUR quelqu’un.

  1. La smicardisation des salaires. Ségolène Royal veut augmenter le Smic. Mais seulement le smic. Il ne faut pas être un grand économiste pour projeter les conséquences économiques et sociales d’une telle mesure. Il va d’abord falloir expliquer aux bas salaires pourquoi l’écart avec le smic est ainsi réduit. Et puis l’inflation naturellement provoquée par cette mesure fera instantanément baisser le pouvoir d’achat de tous les français. Les bas salaires rejoindront donc les smicards dans le marasme financier de ces derniers.

  1. Egalité des chances et discrimination positive. Entre une politique qui consiste à retirer aux riches pour donner aux pauvres et une autre qui donne à chacun, d’aussi loin qu’il part dans la vie, la possibilité d’y arriver, j’ai vite choisi. Je préfère de loin la vision de Nicolas Sarkozy qui donne à chacun les outils pour y arriver. En effet, certains ont tellement plus de handicaps que, si on ne leur donne pas plus qu'aux autres, ils ne pourront pas s'en sortir.

  1. Le rapport au monde de l’entreprise. On ne peut pas nier que la croissance est directement la conséquence de la création de richesse. Le rapport que Ségolène Royal entretient avec les entrepreneurs n’est pas de nature à booster ces créateurs de richesse indispensables à la France. Favorisant systématiquement la sécurité du travailleur au détriment de sa mobilité, cultivant la suspicion vis-à-vis des chefs d’entreprise, elle nuit aux rapports de l’Etat avec le monde de l’entreprise. Elle n’a pas compris que cette relation doit être basée sur la confiance. Parce que l’entreprise est indispensable à la santé financière du pays et donc à la société tout entière.

  1. Le bien-être social dépend de l’économique. Les solutions économiques proposées par Ségolène Royal ne sont pas les bonnes. C’est l’avis des économistes mais aussi de la grande majorité des français. La presse internationale, les économistes du monde entier disent que Nicolas Sarkozy a de très loin de bien meilleurs outils pour redresser la France. Or, je suis intimement convaincu que le maintien d’une protection sociale performante et le bien-être d’une société pacifiée est en corrélation directe avec le facteur économique. On sait très bien que l’insécurité est beaucoup plus présente dans les pays dits pauvres. Il est donc essentiel de favoriser celui qui détient les clés d’une amélioration économique du pays, d’où découleront, moyennant des mesures adaptées (Borloo les garantit), les améliorations sociales.

  1. L’Incompétence internationale. Au vu des dossiers internationaux qui attendent le futur président et de la menace terroriste sur la France qui reste au niveau le plus élevé, il est capital de choisir quelqu’un de compétent. Si le candidat UMP a prouvé sa connaissance des principaux dossier et a l’expérience du ministère de l’Intérieur pour le volet sécurité du territoire français, Ségolène Royal a montré tout au long de sa campagne, à travers ses bourdes à répétition, son inexpérience, sa méconnaissance et sa maladresse. Ce sont des sujets avec lesquels on ne peut pas se permettre d’approximations, voire d’erreurs. Avec Ségolène Royal, c’est la garantie d’une perte en crédibilité de la France dans les matières internationales.

  1. La conception de l’immigration. Si les positions de Nicolas Sarkozy en matière d’immigration sont discutables, Ségolène Royal, en prenant le contre-pied, nie des évidences. A savoir que la politique d’accueil doit se faire dans les limites des possibilités : ce n’est pas faire un cadeau aux gens que de les accueillir en les entassant sans respecter les règles élémentaires d’hygiène et de sécurité et en étant incapable de leur offrir un travail. Ce genre de considération qui paraît assez évidente, elle semble les nier. En tous cas, pour se détacher du candidat UMP, elle les élude. On sait juste que l’immigration sera envisagée au cas par cas. Difficile d’être plus vague.

  1. Le Manque de charisme. Un chef d’Etat, c’est quelqu’un qui doit montrer le chemin. On connaît celui que Nicolas Sarkozy propose pour la France. Il a une réelle vision de ce vers quoi il veut nous mener. Ségolène Royal n’est pas quelqu’un de visionnaire. Son programme n’a pas cette cohérence que doit proposer un chef d’Etat au peuple qu’il conduit. Elle n’a pas tout simplement pas l’envergure d’un chef d’Etat.

  1. La stratégie d’image. Ségolène Royal a été choisie par les militants en fonction des sondages. Elle est la seule qui, dans les sondages du moment de la désignation par le PS, pouvait battre Nicolas Sarkozy. Elle ne proposait absolument rien, si ce n’est quelques mesures choc. Des journalistes comme Alain Duhamel ne la comptaient d’ailleurs même pas parmi les présidentiables. Toute sa communication était basée sur son physique, son style et l’image qu’elle peut donner. Absolument pas de fond. Heureusement pour elle, les choses ont un peu évolué, mais sa stratégie reste essentiellement une stratégie d’image.

  1. Qui est anxiogène ? Quand Ségolène Royal parle d’encadrement militaire des délinquants, quand elle dit vouloir que chaque foyer français ait son drapeau (réalisé par les petites mains des élèves en couture dans les lycées), quand dans un car, elle fait la leçon à des journalistes qui n’ont pas demandé la parole à la maîtresse, je me demande qui de Nicolas Sarkozy ou de Ségolène Royal est le plus anxiogène. Le candidat de l’UMP ne mâche certes pas ses mots. Mais imaginez le tollé si c’était lui qui avait suggéré l’encadrement militaire ! Il n’oserait pas faire le quart des propositions de Ségolène Royal. Il serait immédiatement traité de facho.

Le candidat de l’UMP est manifestement le plus capable d’assumer les plus hautes fonctions. Sa maîtrise des dossiers, sa préparation, la validation de ses solutions économiques par des compétences françaises mais aussi internationales le placent en première position dans les sondages depuis le mois de janvier.

Mais Nicolas Sarkozy est victime d’une gigantesque campagne de communication orchestrée par la gauche, qui monte une partie de l’opinion publique contre lui en le diabolisant. Le second tour risque bien d’être transformé en un référendum anti-Sarkozy. Le plus scandaleux, c’est que la gauche va jusqu’à démarcher dans les banlieues pour attiser cette haine à l’égard du candidat de la droite, quitte à prendre le risque de susciter des violences. Je pense que le diable n’est pas celui qu’on croit. Et s’il s’habillait en Prada ?

1 commentaire:

Le posteur (de moins en moins) masqué a dit…

Sans vouloir prétendre que cette brillante démonstration en dix points n’arrange rien à la « confusion générale » évoquée par l’éminent bloggeur, je me permets quelques commentaires succincts, point par point (ou presque).
Avant de commencer, je rappellerai que je n’ai pas grand-chose à vendre dans l’histoire, puisque je ne suis convaincu par aucun des grands candidats à ce stade, et le temps étant ce qu’il est, je ne vois pas ce qui pourrait changer d’ici dimanche (Dieu soit loué, je suis Belge). Bref, dussé-je passer pour celui qui joue le rôle d’avocat du diable, fût-il habillé en Prada, commençons :

1. « L’essentiel de l’électorat de Ségolène Royal, on le sait, est mobilisé par la seule motivation de battre Nicolas Sarkozy. » Un sondage prouve-t-il cette assertion ? Personnellement je ne crois pas à la représentativité des résultats de tests « faits autour de vous ». On fréquente en général des profils de personnes bien particuliers, y compris en termes idéologiques et philosophiques. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui son effectivement séduits par Ségolène Royal, à tort ou à raison. Passé cette remarque d’ordre méthodologique, une autre s’impose : si certains répondants au test risquent de ne pas trop savoir quoi répondre en quoi la position de la candidate les séduit, je pense qu’ils pourront facilement dire en quoi celle du candidat de l’UMP leur déplait. Enfin, prétendre qu’on ne vote pas CONTRE quelqu’un relève d’un idéalisme un peu surfait. Même si c’et regrettable et peu motivant, à défaut de trouver un candidat qui attise notre libido citoyenne, il est à mes yeux légitime de voter contre celui ou ceux qui incarne(nt) des idées que l’on désapprouve. Et pas seulement dans des cas extrêmes comme au deuxième tour de 2002.
2. Il me paraît hâtif d’avancer que la candidate veut augmenter « le SMIC, rien que le SMIC ». La proposition n°7 du pacte présidentiel dit notamment : « Afin de tirer vers le haut tous les salaires, une conférence nationale sur les salaires, les revenus et la croissance réunissant les partenaires sociaux sera organisée dès juin 2007. » D’accord ça n’est pas une proposition en monnaie sonnante et trébuchante, mais la volonté d’augmenter tous les salaires est affichée clairement
3. Je ne comprends pas bien le rapport entre « une politique qui consiste à retirer aux riches pour donner aux pauvres » et « une autre qui donne à chacun d’aussi loin qu’il part dans la vie, la possibilité d’y arriver ». La première idée relève de l’économique et est plutôt une ultra-caricature d’une politique de gauche. La seconde… je ne la comprends pas. D’ailleurs je ne suis pas sûr que la position de Nicolas Sarkozy soit très constante dans le temps, au sujet de la discrimination positive, que personnellement j’associe à une politique de quotas qui peut avoir de l’intérêt pour certaines catégories de la population dans certains secteurs (comme les législations existantes relatives à l’engagement d’une certaine proportion de travailleurs handicapés) mais qui peut dans la majorité des cas avoir des effets contreproductifs : accentuation des différences (sexuelles, ethniques,…), voire stigmatisation et morcellement de la société par le communautarisme, stimulation de la concurrence entre ces catégories, revendications particularistes, création continue de « nouvelles minorités ». Le débat est extrêmement complexe mais un système politique qui crée des conditions favorables pour tous dès le départ, en particulier dans le domaine de l’éducation, me semble plus prometteur et moins dommageable qu’un système qui prévoit des places réservées pour des catégories de citoyens qui, pour des raisons X ou Y, n’ont pas la chance d’être des hommes, des hétérosexuels, des blancs, des français, des riches…
4. Je suis assez d’accord avec cette idée de confiance. La gauche même sociale-démocrate se croit encore obligée de mépriser (ou de feindre de mépriser) les patrons (on se souvient du ridicule « je n’aime pas les riches » du conjoint de la candidate). On peut espérer qu’elle (la gauche) se déprendra un jour de ces tics, peut-être hérités d’une lecture trop compulsive et au pied de la lettre de Lénine, Marx, Trotski et quelques autres.
5. Pour ce qui concerne les matières économiques cependant, je pense que les choses sont plus complexes et que, si elle était élue, elle pourrait – pourquoi pas – évoluer, aux côtés d’un bon ministre de l’économie. Dire que « La presse internationale, les économistes du monde entier disent que Nicolas Sarkozy a de très loin de bien meilleurs outils pour redresser la France » me semble un peu hâtif. Cela dit, je laisserais d’autres plus au fait des théories économiques que moi nuancer ce qui me paraît un peu réducteur, et mensonger en ce qui concerne un soi-disant consensus universel autour de la Sarkozéconomie. Je renvoie notamment à l’article du Monde : « Economie: les nouvelles frontières du vieux clivage gauche-droite » (http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-896853@51-884461,0.html) et n’en reprend ici qu’une phrase « Vingt-deux jours après le "coming out" d'Olivier Blanchard économiste, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), en faveur de Nicolas Sarkozy, le 13 mars, vingt-sept de ses pairs signaient un "Appel en faveur de Ségolène Royal". Le débat entre économistes s'affichait en plein jour ».
6. Je pense sincèrement que l’on a grossi à la loupe les bourdes de Ségolène Royal en matière d’affaires internationales. Sa prétendue apathie face aux propos d’un membre du Hamas qu’on ne lui avait pas traduits est un non-événement. Je n’ai jamais eu le fin mot de l’histoire (mais qui peut prétendre l’avoir eu ?) en ce qui concerne des propos insolites sur la justice chinoise, mais d’aucuns affirment qu’elle parlait de la justice commerciale. Bernard Henri Lévy, que l’on ne peut soupçonner d’amour aveugle pour la candidate, a salué la fermeté de ses propos relatifs à l’attitude de l’Iran à l’égard du nucléaire. J’admets très volontiers qu’elle semble malgré tout moins maîtriser les dossiers mais Sarkozy n’a pas été à l’abri de certaines approximations factuelles sur lesquelles on a par ailleurs nettement moins insisté. (J’ose aussi rappeler incidemment que l’actuel ministre des affaires étrangères a battu une manière de record en ce qui concerne les sornettes diplomatiques, sans pour autant qu’aucun pays n’ait semblé vouloir déclarer la guerre à la France durant son mandat). Surtout, le manque de clarté et de charisme de Ségolène Royal peut effectivement faire craindre qu’elle n’arrive pas à imposer le point de vue français dans la jungle des relations diplomatiques. Mais j’avoue que pour d’autres raisons Nicolas Sarkozy ne me rassure pas davantage. Malgré des dénégations tardives, je le crois atlantiste. Et l’équilibre extrêmement précaire de la géopolitique actuelle nécessite à mes yeux un contrepoids sérieux à l’attitude de l’Amérique bushienne, en particulier vis-à-vis du Proche Orient. Une France très atlantiste risquerait d’attiser les tensions avec ce que l’on appelle par un raccourci réducteur le « monde arabe » et entrainer par là un surcroît de déséquilibre qui ne peut être que délétère. Ca n’a rien d’un anti-américanisme primaire, tout est une question d’équilibre, comme dirait Francis Cabrel.
7. Le point tel qu’il est décrit par l’auteur est quelque peu confus. Je ne vois pas bien quelles « évidences » nie Ségolène Royal. On peut lui reprocher le flou dans certaines matières mais là-dessus je lui reconnais surtout, mais c’est la moindre des choses de la part d’une candidate de gauche, de ne pas focaliser à l’extrême sur la question de l’immigration, ni par la candeur idiote (du style « les étrangers sont tous merveilleux »), ni par l’agressivité menaçante (« la République, tu l’aimes ou tu la quittes »). Je me contente de rappeler ses trois propositions, inscrites dans le pacte présidentiel :
N°98 : Instituer un visa permettant des aller-retour multiples sur plusieurs années" : afin que les migrations s’adaptent aux besoins réels du marché du travail.
N° 99 : Rétablir la règle des 10 ans comme critère de régularisation :
N° 100 : Régulariser les sans papiers à partir de critères fondés sur la durée de présence en France, la scolarisation des enfants et la possession ou la promesse d’un contrat de travail.
8. Subjectivement, car je pense qu’il n’y a que du subjectif en la matière, je ressens les choses de la même manière. Peu de charisme. Mais selon moi ce manque de charisme est dû pêle-mêle à une diction laborieuse, un style oral évasif, des formules répétitives à la fois moralisatrices et creuses (« ordre juste » en est un bel exemple), etc. Mais je ne mélangerais pas charisme et cohérence d’un programme, ce sont deux choses distinctes. Hitler (et je ne fais aucune comparaison, je prends juste un exemple) était réputé extrêmement charismatique alors que le programme du parti national socialiste ne tenait pas la route.
9. Sarkozy investit bien plus qu’elle sur l’image, même s’il faut reconnaître que par ailleurs cette image repose sur des bases plus solides, en termes de programme et de soutien au sein de son parti. En ce qui concerne Duhamel, il a selon moi simplement fait une erreur d’appréciation, il a écrit trop vite, ça arrive. Et en ce qui concerne la question des ralliements des militants, on ne saura jamais – à moins qu’une enquête ait été faite à ce sujet – quelle proportion de militants UMP ont voté pour Sarkozy par amour pour ce qu’il incarne et quelle proportion… faute d’autre candidat…
10. L’histoire des drapeaux n’est pas anxiogène, elle est juste affligeante. L’encadrement militaire a suffisamment été critiqué, et il est un fait qu’un même propos ne sera pas analysé de la même manière selon qu’il sort d’une bouche de gauche ou de droite. Et en matière de discipline et d’autorité, de toute façon, je situe Royal à droite.

Je terminerai en rappelant que je ne « roule » pas pour Ségolène Royal, même si je ne fais pas de mystère au sujet de mes « penchants » à gauche. Et je déplore aussi la diabolisation de Nicolas Sarkozy entreprise par une gauche hystérisante que la calomnie ne rebute pas tant qu’il s’agit de tuer la « bête de droite », quitte à recourir à l’injure (comme dans le numéro de Marianne de cette semaine qui nous propose un long plaidoyer sans vraiment de nouveauté pour nous convaincre par A+B que Nicolas Sarkozy est tout bonnement un « fou » (sic)). Je rappellerai cependant que, au sein de son parti comme en dehors, Ségolène Royal a aussi essuyé d’énormes coups bas.

Je ne sais pas si le diable s’habille en Prada. Je ne me reconnais ni dans la litanie de l’ordre juste, ni dans l’incantation de l’identité nationale. Je ne suis séduit ni par le maternalisme nébuleux de la candidate du PS, ni par la défiance agressive et musclée de celui de l’UMP. Cette campagne aura été passionnante mais son issue pour moi ne peut être que décevante. Alors, pourquoi avoir dépensé autant d’énergie dans cette réponse ? Par goût de la symétrie, car je suis un esthète, môssieur.